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Robert PARKER : « Le vin français reste la référence mondiale » Propos recueillis par Sylvain Ouchikh Le Figaro du 17 Avril 2008 C’est en 1983 que Robert Parker s’impose dans le monde du vin. Cette année là, en affirmant contre l’avis des professionnels toute la beauté du millésime 1982, ce critique américain devient un « gourou » dont les appréciations, dans la presse ou dans le Guide Parker (éditions SOLAR » régulent désormais le marché mondial du vin. Une note supérieure à 95 points (il a inventé la notation sur 100 points) et le prix de la bouteille atteint des niveaux stratosphériques. Une mauvaise évaluation ? C’est la chute brutale. Conscient de ce pouvoir et en dépit de solides inimitiés, Robert Parker affirme ne subir aucune pression, autre que celle que son goût lui impose. Amoureux revendiqué de la France et de sa culture (il pqrle le français). Robert Parker 60 ans est aussi propriétaire d’un vignoble dans l’Oregon. Dans cet entretien rare, il nous livre ses premières impressions sur le millésime 2007 et sa vision de l’évolution du marché.
Le Figaro : Vous revenez de Bordeaux où vous avez dégusté le millésime 2007 en primeur. Qu’en dites vous ? Robert Parker : Il se présente bien mieux que je ne le pensais. Il a dû endurer un été désastreux. Heureusement, le temps sec, chaud et ensoleillé de septembre 2007 semble l’avoir sauvé. Les meilleurs châteaux, dont les ressources financières ont permis d’effectuer un travail rigoureux dans le vignoble et une sélection stricte, ont produit des vins fruités, doux, très charmeurs, qui seront plaisants à boire dans les prochaines années. Ils n’ont pas la densité, la structure et la puissance des grands millésime, mais ils seront sur la finesse, l’élégance et d’un manière générale bien équilibrés. En revanche, les vins de qualité inférieure, qui constituent la majorité de la production sont sans relief avec un goût herbacé, voire végétal. Globalement, ils sont décevants.
Le Figaro : Lors d’une journée de travail pendant les primeurs combien de vins dégustez-vous ? Je travaille en trois étapes. Il y à douze ou treize rendez-vous dans des châteaux. D’autres jours je travaille avec des professionnels comme l’Union des Grands Crus ou le Cercle de Rive Droite, qui centralise un grand nombre d’échantillons. Et, enfin je vois des négociants qui ont une sélection spécifique de vins, à tous les prix, que je goûte. Au final, une grande partie des vins sont testés sur période de dix à onze jours, deux à quatre fois dans des conditions différentes.
Le Figaro : Vous arpentez le bordelais depuis 1982. Comment jugez-vous son évolution ? Il est facile de critiquer cette région tant elle possède de châteaux de réputation mondiale. Mais il y a des raisons à cette notoriété : ils sont les plus constants dans la production des plus grands vins du monde, et ce, dans la longévité. Une véritable révolution qualitative a été réalisée lors des dix-quinze dernières années. En fait, Bordeaux est souvent critiqué car ses vins les plus célèbres sont devenus aussi chers que des objets d’art. Mais heureusement, il y a encore un océan de vins de grande qualité à des prix raisonnables. Le Figaro : Entre vous et Bordeaux, on a parfois le sentiment d’une relation orageuse ? Je n’ai jamais pensé que ma relation avec Bordeaux était orageuse. Mais impressions restent positives. Bien sûr, il y a bien des propriétaires viticulteurs que mes remarques énervent. Je le comprends parfaitement et je l’accepte avec humilité. La grande majorité des producteurs sont des gens sérieux dans ce qu’ils font. Ce qui dérange c’est qu’une personne puisse avoir autant d’influence sur le marché du vin ou même sur l’image de leur vin. Ce n’est pas quelque chose que je souhaitais. J’en suis conscient mais ce n’est pas pour autant une pression pour moi. Je dois simplement me dire, à la fin de la journée, que j’ai bu du vin comme n’importe quel consommateur. Je me dois d’être loyal envers moi-même et envers mes lecteurs, pas envers les gens qui produisent les vins. Cela dit, je les admire beaucoup. Depuis trente ans que je vais dans le vignoble bordelais, j’ai rencontré des professionnels remarquables avec une connaissance pointue de leur terroir, de leurs vins, de leur histoire et de leur culture.
Le Figaro : Comment jugez-vous la globalisation du marché du vin ? C’est très bénéfique aux producteurs. Ils ont aujourd’hui la possibilité de vendre dans tous les pays où l’intérêt pour les bons vins prédomine. Et puis, la consommation de vin dans le monde devient de plus en plus populaire. D’un point de vue stratégique, je porte une attention particulière à l’évolution du goût et à l’intérêt grandissant pour le vin dans les contrées asiatiques. On constate une attention remarquable pour le vin, comparable à ce que nous avons connu aux Etats-Unis dans les dix dernières années. Les enquêtes d’opinion montrent que le vin a remplacé la bière dans la consommation courante aux Etats-Unis. Et cela devrait continuer. Les Asiatiques découvrent tout juste les vins du monde, et cela sera très bénéfique à la France, car ils deviennent de plus en plus éduqués sur les différents types de vin et sur les différentes régions.
Le Figaro : Vous avez souvent affirmé que la France produisait les plus grands vins du monde. Est-ce toujours vrai ? Le vin français reste la référence pour tous les pays producteurs de grands vins. Sa grandeur et sa qualité intrinsèque sont devenues des indicateurs influençant les vignerons des autres pays dans l’évaluation de leur production. Les vins français, aujourd’hui, ont considérablement progressé dans la qualité, même dans les années difficiles.
Le Figaro : Ce leadership n’est-il pas menacé par des vins d’Italie, d’Espagne ou du Nouveau Monde ? Il y toujours eu de la compétition. L’Espagne fait actuellement beaucoup de bruit sur la qualité grandissante de ses vins. C’est un pays qui a évolué d’une mentalité coopérative à une mentalité artisanale propre à chaque domaine. L’Italie du Sud a beaucoup progressé également. Ces deux pays sont aujourd’hui capables de proposer des vins d’un bon rapport qualité-prix. Mais le monde est grand et le nombre de personne réclamant des bons vins augmente plus rapidement que ce que peut produire la France, l’Italie ou l’Espagne. Tout est une question d’éducation et de positionnement du produit sur un marché cible.
Le Figaro : Dans le passé les consommateurs semblaient préférer les vins boisés. Qu’en est il aujourd’hui ? Je crois que c’est un mythe. Je pense qu’une des raisons de ce mythe est le fait que j’ai été très critiqué pour aimer les vins puissants, très boisés et sur-extraits. Tout cela est loin de la réalité ? Il suffit de lire mon journal ou mes livres pour s’en convaincre. C’est la même chose avec les consommateurs qui recherchent un vin pur, avec du caractère et ce sera toujours le cas. Le Figaro : Quel est le style dominant aujourd’hui ? On assiste au retour des cépages indigènes qui ont été souvent ignorés ou alors vendus à des coopératives. De jeunes et nouveaux vignerons du sud de la France, de l’Espagne ou d’Italie les exploitent désormais. Par conséquent, nous avons une plus grande diversité. Bien sûr, les médias préfèrent quand c’est blanc ou noir et affirment qu’il s’agit d’un style international. Mais en fait, il y plusieurs styles. Les vins sont de plus en plus qualitatifs et ils se distinguent par leur personnalité, leurs qualités et non plus par leurs défauts. |